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Il se passe quelque chose

Publié le par leïla shahshahani

Depuis que des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Grenoble contre la Loi travail le 31 mars dernier, il se passe quelque chose. Une envie d’aller très au-delà de cette simple bataille, pour protester contre le système qui nous gouverne et nous écrase. Pour refuser que l’on piétine chaque jour un peu plus l’humanité. Et pour ne pas rentrer chez soi après la manif en attendant le prochain appel à la grève. Un mouvement est né.

Les Nuit Debout se déclinent et se cherchent dans plusieurs villes de France. Ici à Grenoble, une Assemblée générale a rassemblé près de 200 personnes à la Bobine le 4 avril dernier, pour essayer de construire la suite. Au cœur du parc Paul Mistral, là où le 31 mars, de nombreuses personnes avaient prévu d’assister à la projection du film « Merci Patron ». Et là où tout a dégénéré, lorsque la police est arrivée pour évacuer le parc sur les injonctions de la Préfecture.

Prétextant de quelques vitrines cassées lors de la manif, la Ville de Grenoble a décidé d’emboîter le pas à la Préfecture en demandant l’annulation de la projection. Belle occasion manquée d’affirmer sa différence pour l’équipe de Piolle, finalement bien dans les rangs. La projection de ce film dans une douce soirée de printemps aurait pourtant été plus profitable à tous que les scènes de violence du centre-ville qui n’auront pas échappé aux Grenoblois. On jonglait, on préparait des ateliers, on refaisait le monde parc Paul Mistral lorsque les bombes lacrymo et les coups de la police sont venus refroidir l’atmosphère. La version officielle des casseurs qui malmène la police est mise à mal par les nombreux témoignages et des vidéos (ici par exemple) qui circulent depuis ce jour-là.

La Ville, prompte à condamner les agissements des casseurs, n’a eu aucun mot pour la violence des forces de l’ordre. Etrange silence sur son site internet sur cette nuit qui a agité le centre-ville de Grenoble. A croire qu'il ne s'est rien passé.

Il y aura une Nuit Debout à Grenoble ce samedi 9 avril. Tout est encore à faire, surtout pour ouvrir le mouvement à tous, la dernière AG manquant singulièrement de diversité sociale et générationnelle. Mais pour une fois qu’il se passe quelque chose, on n’a pas d’autre choix que d’y croire un peu. J’ai écrit cette petite note sur la liste de diffusion du mouvement, en espérant qu’elle trouve un écho.

Bonjour à tous,

J'étais présente hier soir et j'ai pu constater, au-delà de la vivacité de l'assemblée, qu'une infime partie de la société y était représentée, alors que (...) le système qui nous broie aujourd'hui concerne des pans de population bien plus vastes.

Il me semble important d'emblée de ne pas exclure de la liste des revendications, au-delà de toutes les questions sociales, tout ce qui touche à la politique étrangère de la France. Ses/nos guerres (dont la France n'a certes pas le monopole) - au nom de la démocratie mais en réalité au bon gré de ses intérêts démontrés par le deux-poids deux-mesures selon les circonstances - contribuent au chaos actuel du monde, notamment au Moyen-Orient.

Et donc au drame des réfugiés aujourd'hui enfoncés sous l'eau par l'Europe. Et donc au terrorisme qui nous frappe, car nos guerres tuent et créent un profond sentiment de rejet chez les populations civiles qui reçoivent nos bombes. Et donc à l'état d'urgence qui nous plombe, et donc à la politique du tout sécuritaire qui grignote chaque jour nos libertés.

Tout ceci forme un tout dont, me semble-t-il, il faut tenir compte pour repenser différemment le monde dans lequel nous vivons. Et c'est aussi une façon de permettre à d'autres personnes qui se sentent aujourd'hui éloignées des Nuit Debout de s'y joindre.
C'est le message que j'ai tenté de faire passer hier au sein du petit groupe de travail "social" lui-même dans le groupe "convergence des luttes".
Je me permets de le dire parce que, jusqu'à présent, j'ai peu entendu parler de cette question.

En ce qui me concerne, si les Nuits Debout n'intégraient pas dans leurs revendications un changement de cap de la politique étrangère de la France et la fin du racisme décomplexé de la classe politique dans sa quasi-totalité, obsédée par des questions "identitaires" propres à l'extrême droite au détriment des questions sociales, j'aurais beaucoup de mal à me retrouver dans ce mouvement, et je pense que je ne serais pas la seule. Et ce serait vraiment dommage.

On vaut mieux que ça ! J'en suis convaincue :)


Leïla

Il se passe, enfin, un petit quelque-chose…

 

Il se passe quelque chose
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